BULLETIN D'INFORMATION POUR PROFESSIONNELS EN IMMOBILIER ET CONSTRUCTION
//Immobilier: ça joue du coude au bassin Peel

Immobilier: ça joue du coude au bassin Peel

Le promoteur immobilier bien connu Devimco travaille depuis deux ans sur la création d’un pôle d’emplois et de 4500 logements sur les terrains visés par les partisans du retour du baseball majeur à Montréal. La valeur estimée du projet de Devimco, qui ne comprend pas de stade de baseball pour l’instant, s’élève à 2,5 G$.

Le bâtisseur du Square Children, du quartier Solar, à Brossard, et de nombreuses tours à Griffintown veut construire au bassin Peel un nouveau quartier autour d’un hub des technologies propres susceptible d’attirer 600 entreprises et de créer 4000 emplois en 10 ans, selon un document de présentation que La Presse a obtenu.

Il s’agit d’un document de présentation du projet par le promoteur qui circule dans les officines des gouvernements depuis au moins un an.

Dans les derniers jours, Claridge, le fonds d’investissement de la famille de Stephen Bronfman, a indiqué avoir retenu le bassin Peel pour y ériger un futur stade de baseball, advenant le retour des Expos. Bronfman et Pierre Boivin ont publiquement demandé à Québec de les appuyer dans leurs démarches visant à convaincre Ottawa de leur céder les terrains que la Couronne détient au bassin Peel. Ces terrains valent autour de 150 M$, selon Devimco.

Le gouvernement du Québec a publiquement répondu mercredi dernier qu’il était prêt à épauler les partisans du retour des ligues majeures à Montréal.

Joint par La Presse, le président de Devimco, Serge Goulet, a confirmé détenir des options d’achat sur 30 % du secteur convoité par M. Bronfman et son groupe d’investisseurs intéressés par le retour du baseball à Montréal.

« On a beaucoup d’intérêts dans ce secteur. On a des positions de prises dans ce secteur sur des terrains stratégiques. On n’est pas le promoteur d’un terrain de baseball. Notre projet est axé sur la création d’emplois. On y travaille depuis maintenant deux ans », déclare Serge Goulet.

« C’est un projet avec de la création d’emplois, des unités familiales, un pôle civique de 100 000 pieds carrés pour une école. C’est un projet de mixité et c’est un projet de développement », ajoute-t-il.

Il dit avoir l’appui financier de Fondaction CSN, du Fonds de solidarité FTQ et d’Ivanhoé Cambridge, filiale immobilière de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Le Fonds FTQ a confirmé son intérêt. Ivanhoé Cambridge garde la porte ouverte. « Nous sommes toujours à l’affût d’opportunités d’investir dans des projets structurants au Québec, a fait savoir Ivanhoé Cambridge. Cela dit, nous n’avons pas pris d’engagements à propos du projet en question. »

Il a été impossible de parler à quelqu’un de Fondaction CSN.

Le hub des technologies propres, à l’image de MaRS à Toronto, serait coordonné par le fonds Cycle Capital Management, dirigé par Andrée-Lise Méthot.

Mme Méthot a confirmé que son organisme agissait comme partenaire stratégique dans le projet de Devimco. Cycle Capital investit du capital-risque dans les entreprises en technologies propres. Elle a un actif sous gestion de 500 M$. Elle exploite l’accélérateur d’entreprises Ecofuel.

Hôtel et logements

Le document de présentation fournit plusieurs informations sur le projet. Il est question de la construction de 5 millions de pieds carrés de bâtiments : un hôtel de 150 chambres, des bureaux de 1,3 million de pieds carrés et 4500 logements. Près de 1000 unités seraient réservées aux familles. On trouverait en plus 1800 condos et 1800 logements à louer.

La Ville de Montréal est bien au courant de son projet au bassin Peel, soutient M. Goulet au téléphone. Il attend d’avoir une réponse de la Ville sur sa proposition avant de rendre public son projet. « J’attends depuis plusieurs mois une nouvelle rencontre avec les élus », mentionne l’homme d’affaires. Devimco entend participer au processus de consultation publique pour faire le plan particulier d’urbanisme servant à établir le nouveau zonage du secteur, qui devrait commencer, selon la société, au printemps.

Un terrain de 150 M$

La Presse a demandé à M. Goulet combien pouvait valoir le terrain contrôlé par la Société immobilière du Canada et convoité par le groupe Bronfman. « Ça dépend du futur zonage qui sera utilisé. Je pense que, facilement, c’est un terrain qui vaut 150 millions », a-t-il répondu.

Jusqu’à maintenant, la valeur évoquée du terrain tournait autour de 50 M$.

« Quand je parle de 150 millions, a précisé M. Goulet, c’est pour un zonage qui permet la mixité, des usages avec des logements sociaux et familiaux, avec un pôle d’emplois et en présence d’un bon transport collectif. » Goulet dit avoir eu des discussions poussées avec CDPQ Infra sur la faisabilité technique d’établir la gare du Réseau express métropolitain (REM) dans le secteur. Devimco a même offert de payer une partie de la facture de la station, sans préciser le montant discuté.

Une gare du REM serait payante pour la Caisse de dépôt puisqu’elle lui permettrait de toucher des redevances de développement à raison de 10 $ par pied carré construit. Le projet de Devimco prévoit 5 millions de pieds carrés, ce qui donnerait des redevances de 50 millions. Le nouveau quartier autour du Silo no 5, mis sur le marché en février, fournirait aussi sa part de redevances au REM.

Stade ou pas ?

Dans le document consulté, il n’est nullement question d’un stade de baseball. Y a-t-il une place pour un stade dans le projet de Devimco ?

« Peut-être, dit M. Goulet. Mais s’il y en a un, il devra respecter nos critères, soit acceptabilité sociale et développement intelligent, en phase avec les besoins du marché, qui dégage un rendement à la fois économique et social. »

« De toute façon, ajoute-t-il, nos partenaires financiers, comme le Fonds FTQ et Ivanhoé Cambridge, ce sont des gens pour qui l’acceptabilité sociale est essentielle. »

Le groupe de Stephen Bronfman a décliné notre demande d’entrevue.

La Ville n’a pas encore choisi

Le cabinet de la mairesse Valérie Plante a confirmé hier que Devimco avait déjà sommairement présenté son projet de développement du bassin Peel. Il est toutefois encore « beaucoup trop tôt dans le processus » pour que l’administration se range derrière l’un ou l’autre des deux projets en concurrence. « Pour l’instant, il est trop tôt pour se prononcer, a estimé le directeur des relations médias au cabinet de Mme Plante, Youssef Amane. Rien n’empêche qu’un troisième, un quatrième ou un cinquième joueur ne se manifeste. En ce moment nous n’avons pas de favori. Est-ce qu’il peut y en avoir un dans le futur ? Ça dépendra de la façon dont chaque acteur fait cheminer son projet. » – Jean-François Codère, La Presse

2019-02-28T14:15:19-04:00ACTUALITÉS|